Premier roman: "On m'appelait la petite minette"

Premier roman: "On m'appelait la petite minette"
Résumé :
Jeune journaliste à la télévision, Elisa Delacour rêve de devenir grand reporter. Un pari difficile car nous sommes à la fin des années 70 : le mythe du baroudeur arborant une barbe de trois jours et parcourant la planète en quête d'un scoop est encore largement en vogue. Il n'y a pas de place pour une « petite minette ». Pourtant, le hasard va conduire Elisa en première ligne des plus grands conflits, du Liban jusqu'à l'Irak. Mais à quel prix ? Pour assouvir ses ambitions professionnelles, c'est sa vie personnelle qu'elle va devoir sacrifier...

L'auteur:
Hélène Meney est née à Rome, en Italie, en 1977. Diplômée de Sciences-Po Grenoble et de l'école de journalisme du Celsa, elle est aujourd'hui rédactrice en chef de l'émission « La France en héritage »sur France 2. Avec On m'appelait la petite minette, elle signe son premier roman...

Où acheter ce roman:

EN LIBRAIRIE
N° ISBN 2-7563-0060-8

SUR INTERNET
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# Posté le lundi 22 mai 2006 06:30
Modifié le dimanche 22 juillet 2007 15:34

BoosterBlog

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# Posté le vendredi 02 juin 2006 10:04

EXTRAIT 1 (Chapitre 2)

Si j'avais choisi le journalisme, ce n'était pas un hasard. C'était avant tout par héritage. Mon père était lui-même grand reporter. A l'âge où l'on raconte des histoires aux enfants, il me parlait déjà de ses aventures de journaliste. Et j'étais fascinée. Subjuguée. Dès six ans, je savais que je serais journaliste. Pour autant, mes débuts dans la profession n'avaient pas été un long fleuve tranquille.

En 1979, à peine sortie de mon école de journalisme, du haut de mes vingt ans, je m'étais lancée à la conquête du marché du travail. « Passionnée et travailleuse invétérée » selon mes professeurs, j'avais frappé à toutes les portes des grands journaux et des rédactions audiovisuelles. Sans succès. Et j'étais tombée de haut. Anne, mon unique amie de promotion, les autres élèves étant tous des garçons, s'était résolue, quant à elle, à accepter, en désespoir de cause, un poste dans un magazine féminin, elle, la spécialiste des conflits du Moyen-Orient. Nous avons alors pris une décision cruciale : sacrifier notre longue chevelure sur l'autel du travail. Pour paraître plus crédibles, nous étions convaincues qu'il fallait renoncer à notre féminité. Le look garçonne était peut-être notre meilleur allié. Nos chaussures à talons finirent enfouies au fond d'un placard, ainsi que nos mini-jupes. Nous avons dévalisé les magasins, achetant autant de pantalons et de chaussures basses que notre porte-monnaie nous le permettait. Ainsi, nous pensions multiplier nos chances d'entrer dans une rédaction digne de ce nom. Nous en étions persuadées. Pourtant, l'été approchait, et je n'avais toujours pas décroché de stage de fin d'études.

Cela n'avait rien de très surprenant. Le marché de l'emploi dans son ensemble ne se portait pas bien. La France s'enlisait dans la crise. Plus d'un million de personnes se retrouvaient demandeurs d'emploi. Mais je me heurtais surtout à des obstacles plus spécifiques au journalisme. Dans ces années-là, le métier restait éminemment masculin. Même mon père avait trouvé surprenante ma décision d'être reporter.

- Chérie, tu sais que je suis fier de toi. Tu es quelqu'un de brillant. Mais le grand reportage, ce n'est pas un métier pour une femme. Je t'assure ! C'est un truc d'hommes. Comme la guerre. On se bat pour l'information. On ne se fait pas de cadeaux..., m'avait-il prévenue lorsque j'avais obtenu mon diplôme de journalisme.
- Les femmes ont tout à fait leur place dans le journalisme. Je te ferais remarquer qu'à la fin des années 60, plusieurs femmes sont entrées à L'Express : Catherine Nay, Michèle Cotta... Elles ont du talent. Et c'est Françoise Giroud qui a fondé le « newsmagazine » avec Jean-Jacques Servan Schreiber !
- D'accord, je ne suis pas contre les femmes journalistes. Mais c'est quand même mieux d'être dans le bureau d'une chaîne de télévision ou d'un magazine à Paris que de crapahuter au Viêtnam !
- Tu as toujours réponse à tout ! C'est fatiguant !
- Ma chérie, c'est un fait. Vous, les femmes, vous vous occupez très bien des questions de santé, d'éducation, de famille, de décoration, de mode, et, éventuellement, de politique. Mais vous n'êtes pas faites pour le grand reportage. C'est tout.

C'était onze ans après la « révolution » de Mai 1968... C'était hier dans l'une des démocraties les plus évoluées du monde, dans une sphère sociale réputée avancée. Mais, pour la femme, ce n'était pas encore l'émancipation professionnelle. Pas même l'égalité des chances. La société était ainsi faite : les femmes n'avaient pas accès aux avant-postes, aux responsabilités, aux plus hautes marches des podiums. Dans la presse comme ailleurs, elles restaient « les petites mains ». Et celles qui étaient journalistes n'étaient certainement pas reporters de guerre. On ne voyait quasiment aucune femme dans les services étranger des rédactions. Seules quelques rares exceptions se retrouvaient dans les zones de conflit. C'était anormal et injuste. J'étais éc½urée, révoltée par cet état de fait. Le grand reportage était une citadelle à conquérir pour les femmes journalistes à l'aube des années 80. Et non des moindres. La chasse gardée de ces messieurs. En effet, dès la fin du XIXe, le grand reportage s'était imposé comme la discipline la plus noble de la profession. Le public admirait les grands reporters pour leur plume, leur liberté, leur courage à toute épreuve. Grâce à ces héros des temps modernes, le journalisme avait reçu ses lettres de noblesse... Et moi, je voulais m'attaquer à cette citadelle.

C'était peut-être cela qui me plaisait : briser les tabous, faire tomber les barrières, devenir la Jeanne d'Arc du grand reportage, la Marie Curie de l'information. Laisser mon nom dans l'Histoire. Un défi aussi excitant qu'incertain. Un rêve de gamine. Mais j'y croyais. Je jurais, avec emphase, que rien ne me ferait renoncer à cet objectif. L'ascension de cette montagne serait semée d'embûches. Je le savais. Mais j'atteindrais le sommet. Peu importait le prix à payer. Je sacrifierais tout pour y arriver. Je ferais partie, moi aussi, de cette élite à laquelle mon père appartenait. Bien qu'élevée dans une famille éclairée, j'avais toujours eu conscience du poids des traditions qui écrasait la société. Jusqu'aux années 60, beaucoup de femmes restaient confinées aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants. Ma mère ne dérogeait point à la règle. En épouse modèle, elle avait abandonné ses études dès l'obtention de son baccalauréat pour devenir femme au foyer. Ainsi, elle avait suivi librement son grand reporter de mari dans ses pérégrinations, du Maroc à la Colombie, au gré des événements. Je vis le jour à Bogota, mais dès ma quatrième année, mes parents regagnèrent la France afin de m'offrir une scolarité de qualité. Fille unique, j'ai porté sur mes épaules durant toute mon enfance et mon adolescence le poids des ambitions que mes parents nourrissaient pour moi. Ainsi décidèrent-ils que leur bébé ferait des études supérieures, quitte à ce que je sois l'une des rares étudiantes d'une université peuplée de garçons. Cependant, mon père aurait préféré me voir avocate ou médecin. Peu importe, pourvu qu'il s'agisse d'une place bien tranquille dans un bureau...

Cet été-là, je réussis, par miracle, à décrocher in extremis un stage au journal Le Matinal, une référence en matière de journalisme. Je débordais d'énergie et de motivation, et j'entendais bien prouver à toute la rédaction mes qualités professionnelles. À ma plus grande joie, j'avais été affectée au service de politique étrangère. Mais, dès le premier jour, je compris que ce stage ne se révélerait pas à la hauteur de mes espérances. J'étais propulsée dans la fosse aux lions, jetée en pâture à des collègues masculins qui n'attendaient qu'une seule chose : le moment idéal pour me faire vaciller.
# Posté le lundi 05 juin 2006 05:51
Modifié le lundi 27 novembre 2006 06:29

EXTRAIT (Chapitre 3)

Les lumières de la ville étaient déjà presque toutes éteintes. Seul l'avant-dernier étage de l'immeuble de Canal 8 était encore illuminé. Lorsque j'entrai dans le bâtiment, j'adressai à peine un regard au vigile. Il regardait une série américaine en fumant une cigarette. J'introduisis mon badge dans la borne et la barrière en verre s'ouvrit. Je m'engouffrai dans l'ascenseur et montai directement au 9e étage. Les locaux étaient vides. Silencieux. Le bureau de Paul Jonquille se trouvait au fond du couloir.

- Pourquoi est-ce que tu me fais venir si tard ?, demandai-je d'entrée de jeu.
- C'est à cause du Liban..., commença mon rédacteur en chef.

Le Liban : 1975-1985, dix ans de guerre civile déjà. Les affrontements entre les milices musulmanes et chrétiennes n'en finissent pas. La Syrie intervient en 1976. Puis c'est au tour d'Israël de s'en mêler. Même si son armée venait de se retirer du Liban, il occupait toujours la partie sud du territoire, la zone dite « de sécurité ».

- Mais on n'a plus une seule équipe au Liban..., ajoutai-je, sans comprendre ce qu'il avait en tête.
- C'est bien ça le problème. Avec toutes les prises d'otages, le ministère des Affaires étrangères nous a quasiment interdit d'envoyer des journalistes là-bas. Pourtant, on ne peut pas ne pas couvrir le Liban...

Effectivement, les milices musulmanes - et principalement le Hezbollah - multipliaient les prises d'otages occidentaux. Première victime, le vice président de l'université américaine de Beyrouth. En 1983, vingt otages occidentaux avaient été enlevés, dont quatre Français, deux diplomates, Marcel Carton et Marcel Fontaine, un jeune chercheur, Michel Seurat, et un journaliste de L'Événement du Jeudi, Jean-Paul Kaufman. En 1984, quatorze Occidentaux avaient également été faits prisonniers, dont quatre membres d'une équipe de tournage d'Antenne 2, Philippe Rochot, Georges Hansen, Aurel Cornéa et Jean-Louis Normandin. Enfin, en 1985, neuf ressortissants de pays occidentaux avaient été enlevés, dont le journaliste français indépendant Roger Auque.

- Où veux-tu en venir, Paul ?, demandai-je.
- Quand le diplomate français Marcel Fontaine a été enlevé il y a deux ans, le commando islamiste avait également embarqué sa fille. Tu sais pourquoi elle a été libérée ?
- Si je me souviens bien, il n'avait pas donné d'explication.
- Exact. Mais on a déduit par la suite que les ravisseurs ne savaient pas comment se comporter avec un otage féminin. Incapables de gérer une telle situation, ils ont préféré la libérer.

La détention d'une femme par des hommes est très difficile à gérer pour des islamistes. Les extrémistes musulmans ne condamnent-ils pas toute forme de mixité ? Mais je ne comprenais pas vraiment pourquoi mon rédacteur en chef m'avait demandé de venir à la rédaction à une heure si tardive pour parler de la stratégie des extrémistes moyen-orientaux. Quoique... Je commençais à me faire une petite idée, mais je n'osais pas y croire.

- Tu vois où je veux en venir maintenant ?, poursuivit le rédacteur en chef.
- Tu m'envoies au Liban ?
- Exactement. Dans l'idéal, il faudrait que tu nous fasses trois ou quatre sujets par semaine, en fonction de l'actu. Et ce qui serait génial, c'est que tu puisses entrer en contact avec les otages français pour nous donner des nouvelles.

Mon c½ur fit un bond. J'étais surexcitée. Enfin ! Le moment, le grand moment, que j'avais tellement attendu se présentait à moi. Me voilà propulsée reporter de guerre ! En partance pour le Liban ! J'allais leur montrer, à tous, de quoi j'étais capable. J'en avais les larmes aux yeux. A ce moment précis, je ne pensais même plus à ma dispute avec Baptiste, à ses menaces. Je l'avais oublié... Ma carrière prenait un nouveau tournant. Il s'agissait de bien le négocier, histoire de ne pas partir dans le décor et d'être définitivement évincée de la course pour une petite erreur de pilotage. Surtout je n'étais pas dupe : si le rédacteur en chef m'envoyait au Liban, ce n'était pas pour mon talent, ce n'était pas parce qu'il croyait en moi, mais simplement parce qu'il n'avait pas le choix...

Pierre, mon cadreur, avait lui aussi été convoqué. C'était avec lui que je partais. Dans l'idéal, il aurait fallu que je parte avec une... camerawoman. Mais à la rédaction, tous les caméramans étaient des hommes. Paul espérait simplement que la présence d'une femme dans l'équipe serait un élément modérateur. Pierre et moi écoutions attentivement les instructions. Mais nous n'étions pas seuls dans la rédaction. Deux journalistes, Stéphane et Xavier, travaillaient encore aux bureaux voisins. Ils entendaient la conversation. Et ils ne se privèrent pas d'intervenir.
- Quoi ? Tu es devenu fou, Paul ? Tu ne vas quand même pas envoyer une gonzesse au Liban ! C'est à Xavier ou à moi de partir ! Mais sûrement pas à la petite minette !, hurla Stéphane, fou de rage.

- C'est vrai, Paul. C'est ridicule. Tu l'imagines avec ses jupettes et ses talons aiguilles pataugeant dans la boue ? Tu l'imagines au milieu des militaires, avec des mecs qui n'ont pas vu de nanas depuis deux ans ? Ça va être un beau bordel, tiens !, enchaîna le fameux Xavier.
- En plus, elle ne va rien y comprendre. C'est hyper technique. Elle n'y connaît rien en arsenal de guerre. Elle va être larguée, c'est sûr.
- Elle va se faire casser la gueule, c'est tout ce qu'elle va gagner !, continuaient-ils à tour de rôle.
- Merci de la confiance que vous me portez. J'apprécie beaucoup. Et c'est tellement agréable de se sentir soutenue par ses collègues !, me défendis-je.
- Je n'ai pas le choix. Il faut tenter le tout pour le tout. Je ne sais pas si la « petite minette » sera capable de faire des reportages de votre niveau, Stéphane et Xavier, mais je ne vois pas d'autres solutions. Envoyer un homme, c'est leur donner un nouvel otage, conclut le rédacteur en chef.
# Posté le lundi 05 juin 2006 05:56
Modifié le jeudi 08 juin 2006 06:15

En librairie!

Bonne nouvelle: mon roman sera référencé sur le site de la Fnac.com à partir du 26 juin et donc il pourra être commandé dans les magasins Fnac!
# Posté le vendredi 16 juin 2006 05:05